Bataille de Nájera (3 avril 1367)

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Bataille de Nàjera. Feutre noir sur papier.

« La bataille de Nájera est l’un des plus gros chocs de la Guerre de Cent Ans. Sur fond de guerre civile Castillane opposant deux fortes personnalités : Henri de Transtamare (soutenu par les français) et son demi-frère Pierre le Cruel (soutenu par les anglais), les armées franco-castillane (dirigée par Bertrand Du Guesclin et Henri de Transtamare) et anglo-castillane (dirigée par le Prince Noir, Pierre le Cruel, John Chandos et Olivier V de Clisson) vont s’affronter le 3 avril 1367. Les deux armées emploient une quantité importante de soudards et mercenaires. Côté français, cette aventure espagnole était d’ailleurs vécue comme une belle opportunité de débarrasser le royaume de France des compagnies de routiers qui ravageaient le pays depuis la signature du traité de Brétigny (1360).

Lorsque les deux premières lignes sont à moins de 200 mètres l’une de l’autre, les arbalétriers d’Henri de Transtamare décochent leurs carreaux ; les archers anglais ripostent, faisant preuve une fois de plus de leur supériorité : au commandement, toutes les 10 secondes, une nuée de flèches part en sifflant et s’abat sur l’ennemi ; rapidement les arbalétriers se dispersent. Mais très vite le vide qui séparait les deux formations du Prince Noir (duc de Lancastre) et de Du Guesclin est comblé ; c’est le choc des deux masses de chevaliers. Du Guesclin et ses hommes refoulent d’abord la troupe de Chandos et de Lancastre, qui se regroupe, repart en avant ; le front se stabilise.

Le second groupe à entrer en action est celui du Captal de Buch qui s’approche des Castillans de don Tello. Les genetours déployés devant ce dernier commencent à charger, mais les archers les abattent sans peine, et la panique s’empare aussitôt des autres. Les rescapés refluent sur les rangs suivants, répandant la confusion ; don Tello lui-même s’enfuit, et tout son corps d’armée se disperse, ce qui permet aux cavaliers du Captal de se rabattre sur la gauche des troupes de Du Guesclin, en pleine mêlée contre Lancastre et Chandos.

De l’autre côté, les troupes de Percy, Clisson et Hewett sont entrées en contact avec celle du comte de denia et du maître de Calatrava, qui résistent mieux. Au centre, le Prince Noir, Pierre le Cruel, Hugh Calveley se jettent sur l’avant-garde de Du Guesclin, ajoutant leurs forces à celle de Lancastre, sans réussir à faire reculer les Bretons de Du Guesclin. L’entrée en scène du roi de Majorque avec l’arrière-garde est décisive : contournant la confuse mêlée qui se déroule au centre, il prend par la gauche et tombe à son tour sur le comte de Denia, dont le cheval est tué et qui est pris, de même que le chambellan Gomez Carillo. La droite des Franco-Castillans éclate alors, comme avait fait la gauche, et la pince se referme derrière la troupe de Du Guesclin, qui supporte presque à elle seule tout le poids de la bataille.

Henri de Transtamare tente à plusieurs reprises de rallier ses cavaliers et mène plusieurs charges pour tenter de débloquer les Bretons de l’avant-garde, sans succès. Il fait alors donner la masse de ses fantassins, dont les frondeurs provoquent un moment d’hésitations chez les Gascons. Mais rapidement le Captal de Buch et le comte d’Armagnac disposent leurs archers dont les volées de flèches déciment les fantassins mal protégés, qui s’enfuient.

Henri de Transtamare comprend alors que tout est perdu. Rester serait s’exposer à tomber entre les mains de son demi-frère Pierre le Cruel dont il ne peut attendre aucune pitié. Déjà, nous dit Froissart, Pierre parcourait fébrilement le champ de bataille à la recherche de l’usurpateur : « Là étoit le roi don Piètre moult échauffé qui durement désirait à trouver et rencontrer son frère le bâtard Henry, et disoit : Où est ce fils de putain qui s’appelle roi de Castille ? » Pour Henri, la solution raisonnable est la fuite. Avec quelques hommes, il quitte le champ de bataille et disparait dans les collines en direction de Bobadilla.

Il ne reste maintenant que le corps de bataille de Du Guesclin et de don Sanche, totalement cerné, accablé sous le nombre : Lancastre, Chandos, le Prince de Galles devant, la Captal de Buch à gauche, Clisson, Hewett à droite et derrière. Un à un, les chevaliers bretons et français, tombent ou se rendent. Comme à la bataille d’Auray, Bertrand Du Guesclin est le dernier à résister, et c’est de nouveau à un homme de la bannière de John Chandos, Sir Thomas Cheyney, qu’il rend son épée. Pour la quatrième fois, il est fait prisonnier.

La partie la plus sanglante de la bataille a lieu lors de la poursuite des fuyards. Les cavaliers anglais et gascons pourchassent les espagnols en déroute vers l’ouest, abattant au passage les fantassins. Des milliers de soldats pris de panique arrivent ainsi au bord du Najerilla, transformé en torrent par les pluies et la fonte des neiges. La retraite est coupée et beaucoup se font massacrer là ; d’autres s’agglutinent aux abords du seul pont, celui du village de Najera. Dans la bousculade, des centaines d’hommes tombent à l’eau, d’autres s’y jettent, meurent noyés ou congestionnés, tandis que les flèches pleuvent sur ceux qui tentent de passer. Les grands maîtres de Calatrava et de Saint-Jacques, avec plusieurs centaines d’hommes, se réfugient dans les maisons et les rues étroites de Najera où les massacres continuent ; le maitre de Calatrava est pris dans une cave, celui de Saint-Jacques dans un cul de sac.

La disproportion des pertes est stupéfiante, mais confirmée par au moins quinze chroniques différentes, quel que soit leur camp : entre 5000 et 10 000 morts d’un côté, quelques centaines de l’autre. Et puis, il y a une foule de prisonniers, presque 2000, dont environ 200 Français… Concernant Bertrand Du Guesclin, le seigneur breton fixera lui-même le montant de sa rançon à 100 000 doubles castillans. Il sera libéré à la fin de l’année, lorsque Charles V se portera garant du paiement d’une partie de la somme. »

Extrait de La Guerre de Cent Ans de Georges Minois

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