Hannibal (247 av J.C. – 182 av J.C.)

hannibal
Hannibal, chef Carthaginois. Feutre noir sur papier. 

« La terre tremble. Un bruit sourd et régulier roule au lointain. Au large de Lattara, du haut de la citadelle, les guetteurs donnent l’alarme… Un cortège interminable emprunte la voie hérakléenne, des fantassins, des cavaliers et un troupeaux d’animaux étranges balayant de leur trompe les gravillons de la route… La colonne s’étire, l’horizon vomit toujours d’autres troupes, rien ne semble devoir arrêter ces guerriers issus des profondeurs du pays des Ibères.

Ces guerriers, c’est l’armée de Carthage qui s’avance ! Mais Carthage n’est plus dans Carthage… Partis d’Afrique du Nord, les Carthaginois se sont construit un empire en occupant presque toute la péninsule Ibérique et en s’inventant sur une place une autre capitale au bord de la Méditerranée : Carthagène, la nouvelle Carthage.

Ivres de leur puissance, ces Carthaginois sont résolus à écraser Rome, l’ennemi héréditaire. Comment attaquer la ville de la louve ? De Carthagène à Rome, l’assaut direct, rapide, devrait être donné par la mer… Pourtant ce plan évident, trop évident, ne peut être envisagé : la flotte militaire romaine conserve largement la suprématie maritime, la moindre offensive tentée par cette voie serait vouée à l’échec.

Alors Hannibal, jeune général de 29 ans, a imaginé une tactique folle et audacieuse : remonter les côtes ibériques par les routes terrestres, franchir les Pyrénées, pénétrer à l’intérieur de la Gaule, traverser les fleuves, redescendre en direction des Alpes, grimper un col et fondre brusquement sur l’Italie par la plaine du Pô.

Cette stratégie improbable implique une marche éreintante de plusieurs mois sous le soleil, la pluie, la neige, avec la menace permanente d’offensives conduites par quelques tribus gauloises alliées de Rome, et le risque continu d’incursions menées par des bandes de pillards réfugiés dans les montagnes. On le sait, on l’accepte : avant même la bataille décisive, des hommes périront en grand nombre sur les chemins, des animaux et des armes seront perdus ou volés, mais la victoire finale est à ce prix. »

Extrait de Hexagone de Lorànt Deutsch.

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