Marie-Louise O’Murphy dite « Morphise »

Marie-Louis-O'Murphy
Putanat, ribaudes, tripots et autres bordels versaillais : Marie-Louise O’Murphy dite « Morphise » dans son alcôve du Parc-aux-Cerfs. Versailles, 1752.

« La plus célèbre de ces créatures fut Marie-Louise O’Murphy, dite « Morphise ». Elle venait d’une famille d’immigrés irlandais. Le père avait tâté de la Bastille pour espionnage. Quant à la mère, elle avait été flétrie au fer rouge à la Salpêtrière pour prostitution. Avec l’âge, cette maquerelle notoire ne faisait plus commerce que des charmes de ses filles. Trois d’entre elles étaient fichées comme occasionnelles par le consciencieux inspecteur Meusnier, chargé de la surveillance des mœurs. Dans une note récapitulative destinée à son patron, le lieutenant général de police Berryer, il parlait de cette Louison Morfi comme du « plus joli minois du monde », « très formée pour son âge », avec des dents étincelantes et de magnifiques yeux bleus. Le seigneur Casanova de Seingalt l’avait vue lui aussi, espiègle et spontanée, à « la beauté la plus parfaite », au cours d’un de ses vagabondages parisiens.

À quatorze ans et demi, elle servit de modèle au peintre François Boucher pour sa fameuse Odalisque Blonde, représentant, dans sa fraîche carnation, une toute jeune fille allongée nue sur une couchette à la turque, s’appuyant sur un oreiller et offrant impudiquement au regard un fessier bien cambré. C’est précisément ce tableau, à la charge érotique provocante, sans le moindre alibi mythologique, qui allait tout déclencher. Il avait été commandé en plusieurs exemplaires par le marquid de Marigny, habitué des petits soupers versaillais et des tripots parisiens. Il en montra un au roi, intentionnellement, cela va sans dire. Il n’en fallut pas davantage pour émoustiller Louis XV, qui manifesta le pressant désir de voir cette pulpeuse beauté. Lebel se mit en chasse et la retrouva chez une couturière de la rue Saint-Honoré, en face de Saint-Roch, à l’enseigne des Écuries du Roi. Pour 200 écus, il maquignonna son pucelage avec ses parents, la décrassa, la nippa, « sous prétexte d’en faire emplette pour lui-même », et la guida jusqu’à une pièce discrète d’un de ses appartements versaillais, surnommée bientôt « le trébuchet, parce que l’on y prenait de jeunes oiseaux »… Cela se passait à l’automne de 1752, mais ce ne fût qu’en mars de l’année suivante que l’on commença à parler d’elle dans les corridors.

Comme il n’était pas question de loger la « Morphise » au château, on lui dénicha un agréable logis dans la Parc-aux-Cerfs, à l’est de la pièce d’eau des Suisses. Loti à la fin du XVII ème siècle, cet ancien enclos créé par Louis XIII pour y élever du gibier s’était transformé peu à peu en un nouveau quartier de Versailles, constitué de terrains vagues et de petites bâtisses avec leurs jardins protégés de murets. Un lieu retiré et isolé, propice aux aventures. »

Extrait de la biographie de Louis XV de Jean-Christian Petitfils.

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