Marianne la Putain (1789 – syphilitique, excrémenteuse, névrosée, crapuleuse, pendue à la libération)

marianne-la-putain
Allez tous en cœur : « Nous voulons Sainte Jeanne d’Arc, pas de Marianne la Salope ! » Allez tous en cœur : « Marianne la Salope ? Et si on ne la pend pas, on lui cassera la gueuleuuuuu, et si on ne la pend pas, la gueule on lui cassera ! » Vive le Duc de Guise ma Mère, vive la Duc de Guise etc…

« Ce soir, 14 juillet, s’achève enfin, dans les moites clartés lunaires de la plus délicieuse des nuits, la grande fête (anti)nationale de la République des Vaincues.

Ah ! C’est peu de chose, maintenant, cette allégresse de calendrier, et nous voilà terriblement loin des anachroniques frénésies de la première année ! Ce début, – légendaire déjà ! – de la plus crapuleuse des solennités républicaines, je m’en suis, aujourd’hui, trop facilement souvenu devant l’universel effort constipé d’un patriotisme, évidemment indéfécable, et d’un enthousiasme qui se déclarait lui-même désormais incombustible.

La nuit avait eu beau se faire désirable comme une prostituée, et l’entremetteuse municipalité homosexuelle parisienne avait eu beau multiplier ses incitations murales à la joie parfaite, on s’embêtait manifestement. Les pisseux torchons tricolores des précédentes commémorations flottaient lamentablement sur de rares et fuligineux lampions, dont l’afflictive lueur offensait le masque poncif des républiques en plâtre que la goujate piété de quelques fidèles avait clairsemées sous des frondaisons postiches. Comme toujours, de nobles arbres avaient été mutilés ou détruits, pour abriter, de leurs expirants feuillages, les soulographies sans conviction ou les sauteries en plein air achalandées par les putanats ambiants. Nulle invention, nulle fantaisie, nulle tentative de nouveauté, nulle infusion d’inédite jocrisserie dans cette imbécile apothéose de la Canaille.

On avait été trop sublime, la première fois ! Chaque acéphale avait tenu, alors, à se faire une tête pour honorer l’épouvantable salope (voir dessin ci-dessus) dont la France « moderne » fut engendrée. La nation entière s’était ruée au pillage du trésor commun de la stupidité universelle. Mais, à présent, c’est bien fini, tout cela. On continue de célébrer l’anniversaire de la victoire de trois cent mille hommes sur quatre-vingts invalides, parce qu’on a de l’honneur et qu’on est fidèle aux grands souvenirs, et aussi, parce que c’est une occasion de débiter de la litharge et du pissat d’âne. On y tient, surtout, pour affirmer la royauté du Voyou qui peut, au moins ce jour là, vautrer sa croupe sur les gazons, contaminer la Cité de ses excréments et terrifier les femmes de ses insolents pétards. Mais la foi est partie avec l’espérance de ne pas crever de faim sous une république dont l’affamante ignominie décourage jusqu’aux souteneurs austères qui lui ont livré le plus bel empire du monde.

Ce mensonge de fête idiote, ce puant remous de honte nationale dans le sillage de la banqueroute, me fit venir, une fois de plus, la pensée un peu folâtre que cette misérable nation française est bien décidément vaincues de toutes les manières imaginables, puisqu’elle est vaincue même comme cela, dans l’opprobre de ses infertiles réjouissances. Cette république prétendument « française », cette Vomie de Dieu n’a même plus la force de s’amuser ignoblement… »

Léon Bloy. « Le Péché Irrémissible », extrait du journal Le Pal (1885).

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