Église Saint-Sulpice

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Construite entre 1646 et 1870, l’église Saint-Sulpice de Paris renferme de très nombreuses œuvres d’art. Ainsi, le visiteur initié et rompu aux rigueurs de la culture picturale et liturgique ne manquera pas d’admirer les deux merveilleuses fresques de Victor Mottez : Saint Martin déchirant son manteau et Saint Martin ressuscitant le néophyte de Ligugé.

Herrera demeurait rue Cassette, près de Saint-Sulpice, église à laquelle il s’était attaché. Cette église, d’un style dur et sec, allait à cet Espagnol dont la religion tenait de celle des Dominicains. Enfant perdu de la politique astucieuse de Ferdinand VII, il desservait la cause constitutionnelle, en sachant que ce dévouement ne pourrait jamais être récompensé qu’au rétablissement du Rey Netto. […] Herrera vivait d’ailleurs comme vivent traditionnellement les prêtres employés à des missions secrètes, fort obscurément. Il accomplissait ses devoirs religieux à Saint-Sulpice, ne sortait que pour affaire, toujours le soir et en voiture. La journée était remplie pour lui par la sieste espagnole, qui place le sommeil entre deux repas, et prend ainsi tout le temps pendant lequel Paris est tumultueux et affairé. Le cigare espagnol jouait aussi son rôle, et consumait autant de temps que de tabac. La paresse est un masque aussi bien que la gravité, qui est encore de la paresse. Herrera demeurait dans une aile de la maison, au second étage, et Lucien occupait l’autre aile. Ces deux appartements étaient à la fois séparés et réunis par un grand appartement de réception dont la magnificence antique convenait également au grave ecclésiastique et au jeune poète. La cour de cette maison était sombre. De grands arbres touffus ombrageaient le jardin. Le silence et la discrétion se rencontrent dans les habitations choisies par les prêtres. Le logement d’Herrera sera décrit en deux mots : une cellule. Celui de Lucien, brillant de luxe et muni des recherches du confort, réunissait tout ce qu’exige la vie élégante d’un dandy, poète, écrivain, ambitieux, vicieux, à la fois orgueilleux et vaniteux, plein de négligence et souhaitant l’ordre, un de ces génies incomplets qui ont quelques puissances pour désirer, pour concevoir, ce qui est peut-être la même chose, mais qui n’ont aucune force pour exécuter. À eux deux, Lucien et Herrera formaient un politique. Là sans doute était le secret de cette union.

Extrait de Splendeurs et Misères des Courtisanes d’Honoré de Balzac.

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