Marchand de vinasse

Marchand de vinasse
Marchand de vinasse vendant son breuvage à tous les cuitards du coin. Dijon, vers 1630.

Le marchand de vinasse passait le plus gros de son temps à leur remplir la panse de vinasse pas chère, à ces pochtrons, et à entretenir leur cirrhose contre écus sonnants et trébuchants.

Parmi ces pochtrons, il en était un qui pochtronnait plus que tout autre. Il s’appelait Sébastien Rousseau, mais son entourage avait pris pour habitude de l’affubler du doux sobriquet de « Pépère la Mitraille » du fait de la forte cadence avec laquelle il ingurgitait les vinasses, y compris les plus médiocres.

C’était un boit-sans-soif comme on verra, parait-il, jusqu’à l’abrogation de ce monde. Celui qu’on surnommait Pépère la Mitraille ne se tenait guère éloigné du marchand de vinasse car dès qu’il avait épuisé son cruchon, il partait immédiatement voir le marchand pour s’en faire remplir un autre.

Dans l’existence de ce suppôt de Bacchus, on aurait pu compter ses minutes de sobriété sur les doigts de la paluche. Il passait le plus clair de son temps à s’enivrer et le marchand de vinasse réalisait le plus clair de ses profits grâce à la soif continuelle de cet indécrottable poivrot.

Partout en ville il se disait que, si la cirrhose devait emmener Pépère la Mitraille au ciel, notre marchand de vinasse devrait mettre la clé sous la porte, ou plutôt sous la barrique, car même la soif de toute une cité n’aurait jamais suffi à égaler celle de ce sac à vin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s