Ducs de Bourgogne

Ducs de Bourgogne
De gauche à droite : Philippe le Hardi (1342-1404), Jean sans Peur (1371-1419), Philippe le Bon (1396-1467), Charles le Téméraire (1433-1477).

Lefouduroy vous présente aujourd’hui cette belle brochette de vassaux félons. Le premier, Philippe le Hardi (dernier fils du Roi de France Jean II le Bon) est probablement le moins turbulent des quatre. Lors de la bataille de Poitiers (1356), il fait preuve, en dépit de ses 14 printemps et de la déroute française, d’une bravoure hors du commun (Père, gardez-vous à gauche! Père, gardez-vous à droite!). En récompense, son père le dote, à sa majorité, du duché de Bourgogne. C’est là que tout commence. Son mariage avec Marguerite III de Flandres en 1369 à Gand va lui permettre de se rendre maître des Flandres, de l’Artois, de Rethel, des seigneuries de Malines et de Salins ainsi que de nombreuses terres champenoises. « Il voyait loin » écrivait déjà Jean Froissart, le Georges Malbrunot de l’époque. Quoiqu’il en soit, cet homme politique habile et subtil jette les bases de l’État Bourguignon qui se dresse déjà en rival face au royaume de France.

A la mort de Philippe le Hardi, c’est son fils Jean sans Peur qui reprend le flambeau. Pendant la folie du Roi Charles VI, Jean sans Peur participe, conjointement avec la Reine Isabeau, les Orléans, Berry et Bourbon, au Conseil Royal qui gouverne alors le royaume. Adepte de la méthode dite du pilpoul, il s’attire facilement la sympathie du peuple de Paris par la manipulation ainsi que par des promesses mensongères de souplesses fiscales. N’hésitant pas à éliminer ses adversaires au sein du Conseil Royal, il commandite l’assassinat de son principal rival Louis d’Orléans en 1407, plongeant ainsi la France dans le chaos d’une guerre civile qui devait durer 28 ans. Il justifie son crime peu de temps après lors d’un interminable discours au Louvre dans lequel il fait passer sa victime pour un tyran (stratégie du pilpoul). Mais le vassal félon ne s’arrête pas là. En 1415, lors du désastre d’Azincourt, le traitre bourguignon refuse de se joindre à l’armée française pour combattre les anglais, préférant la neutralité. Fatigué par le comportement de cet ignoble personnage, le Dauphin Charles décide d’en finir avec lui. Le 10 septembre 1419, il lui tend un traquenard lors d’une entrevue à Montereau-Fault-Yonne et le fait assassiner. L’affreux bonhomme finira donc lardé de coups de hache.

Malheureusement, Jean sans Peur a un fils, Philippe dit le Bon, qui reprend les commandes du duché la même année. Ce dernier débute son règne par la pantalonnade du Traité de Troyes (1420) qui divise la France en deux et suite auquel il signe une alliance avec les putridités anglaises. Confronté à l’irrésistible ascension de Charles VII au trône de France, il s’emploie à l’accroissement du domaine héréditaire des Ducs de Bourgogne en constituant les Pays-Bas bourguignons (Hollande, Brabant, Zélande) renforcés du duché de Luxembourg et fonde, dans le même temps, l’ordre des chevaliers de la Toison d’Or. La Bourgogne inquiète de plus en plus et pour cause… Bien que pair de France, le Duc refuse, en tant que conspirateur contre le royaume de France, de se rendre au sacre de Charles VII. Mais il y a pire : le 23 mai 1430, ses troupes assiègent Compiègne défendu par Jeanne d’Arc. Lors d’une sortie, Jeanne est capturée par les Bourguignons et Philippe le Bon la revend 10 000 livres aux anglais. La suite, on la connait. Mais en 1435, le félon opère un retour au bon sens lors du traité d’Arras en acceptant de se réconcilier avec la Maison de France et de mettre fin à la guerre civile que son père avait allumée 28 ans plus tôt. Il profite toutefois du traité pour obtenir habilement la rupture du lien de vassalité qui le rattachait au roi de France. La Bourgogne n’a désormais plus de compte à rendre à personne. Le 17 février 1454, Philippe le Bon organise le banquet du Faisan à Lille. Trois jours de joutes et de festivités gnôleuse lors desquelles le Duc fait le vœu de lancer une nouvelle croisade suite à la prise de Constantinople par les Turcs. Il n’en sera rien. Peu après, Philippe le Bon accorde l’asile au dauphin Louis (futur Louis XI) entré en dissidence contre son père. Il lui alloue pour résidence le petit château de Genappe, près de Bruxelles, dans lequel le dauphin Louis crèchera jusqu’à la mort de son père Charles VII. Commentaire cinglant et prémonitoire de Charles VII : “Mon cousin de Bourgogne a donné asile à un renard qui, un jour, lui dévorera ses poules”. En effet, le Dauphin Louis profite de ce long séjour pour sonder en profondeur la cour bourguignonne, s’employant à séduire ceux qui pourront lui être utiles, notant discrètement les faiblesses d’un État en réalité colosse aux pieds d’argile. Et parce que Philippe le Bon n’est pas immortel, il s’éteint à Bruges en 1467 à l’âge de 71 ans. Il laisse à son fils un vaste Duché, première puissance d’Occident dans laquelle la colère populaire commence néanmoins à gronder un peu partout. En effet la lignée des félons usurpateurs demeure.

Le fils de Philippe, Charles le Téméraire, reprend donc à son tour le flambeau. Il est, sans conteste, le plus tenace et le plus taquin des quatre. Le rustre avait déjà fait la démonstration de son bellicisme et de sa violence lorsqu’en 1453, il réprima avec une extrême brutalité une rébellion flamande à Gand alors qu’il n’était encore que Comte de Charolais. En 1461, Louis XI est sacré Roi de France et très vite, la rivalité entre les deux personnages va monter crescendo. Face à un Roi désireux de limiter l’indépendance des plus puissants vassaux, Charles prend la tête de la Ligue du Bien Public aux côté des grands vassaux de France mécontents de la politique du Roi. Les deux parties s’affrontent à la bataille de Montlhéry. Bataille à l’issue pour le moins confuse car chaque partie revendique la victoire. La rivalité continue et pendant ce temps, la colère populaire monte encore d’un cran au sein du duché de Bourgogne notamment à Dinant qui sera incendiée en 1466 sur ordre de Charles. Une colère populaire légitime et croissante que Louis XI va plus tard habilement soutenir et alimenter. En 1468, craignant une alliance entre la Ligue du Bien Public et les anglais, Louis XI décide de se rendre à Péronne, quartier général bourguignon, pour y négocier la paix. Alors que les tractations étaient sur le point d’aboutir en faveur du Roi de France, Charles apprend que les populations de Liège, encouragées par des émissaires français, se sont de nouveau révoltées. Le bourguignon entre alors dans une colère intense et ordonne de faire fermer les portes du château et de la ville de Péronne dans laquelle le Roi se trouve alors captif. Craignant pour sa vie, Louis XI accepte de signer le Traité de Péronne aux conditions pro-bourguignonnes. En guise de soumission, Louis XI doit accompagner Charles le Téméraire dans l’expédition punitive que celui-ci lance immédiatement contre Liège insurgée. Le 30 octobre 1468, la ville est livrée au pillage et aux flammes puis intégralement rasée sous les yeux d’un Louis XI impuissant. Cette ignoble mise à sac suscite partout dans le duché une haine du bourguignon. Suite au Traité signé à Péronne, le règne du Téméraire n’est plus qu’une ribambelle de guerres hasardeuses durant lesquelles Charles tente désespérément de s’allier tantôt à l’empereur germanique, tantôt aux anglais. A partir de 1470, le vent tourne contre Charles le Téméraire qui va entamer une interminable série de défaites à travers lesquelles on sent systématiquement la patte de Louis XI. Depuis ses châteaux du Val de Loire qu’il affectionne particulièrement, cet infatigable Roi de bureau, génie de la diplomatie surnommé l’universelle aragne, inspire, soutient, alimente, aide et finance par tous les moyens les ennemis du Duc de Bourgogne. Charles échoue d’abord à s’emparer de Beauvais vaillamment défendue par de braves habitants sous la houlette d’une jeune héroïne, Jeanne Hachette (quid de son entrée au Panthéon?). Dès lors tout s’emballe et Charles enchaine les erreurs. Il tente d’abord de rallumer la guerre de Cent Ans en s’alliant formellement avec le Roi d’Angleterre et en le convainquant de réenvahir la France. Mais c’est sans compter sur l’intelligence de Louis XI qui fait échouer l’alliance par le célèbre Traité de Picquigny (1475). En dépit de ces revers, Charles le Téméraire persiste à agrandir son Duché. Ses yeux se tourne maintenant vers la Lorraine dont l’annexion lui permettrait de connecter géographiquement la Maison Mère à ses possessions du Nord. Le 30 novembre 1475, le Téméraire entre dans Nancy et annonce aux lorrains, quelques jours plus tard, qu’il fera de la ville sa capitale, laissant ainsi transparaitre ses prétentions impériales. Mais les Lorrains entrent immédiatement en dissidence contre l’occupant. Dans le même temps l’Alsace se soulève à son tour contre la domination bourguignonne tandis qu’en Flandres, la résistance anti-bourguignonne se poursuit. Mais les affaires vont réellement se compliquer pour Charles lorsque les membres de la Confédérations des Cantons Suisses, farouches guerriers depuis toujours et pour toujours, encouragés et financés par Louis XI, s’en mêlent à leur tour. Ils déclarent la guerre au Duc de Bourgogne et lui inflige illico presto une branlée (pardon) lors de la bataille de Grandson (2 mars 1476) durant laquelle le soit disant Téméraire ne doit son salut que par la fuite. Mais Charles est un tenace revanchard, il en redemande. Mais surtout, il sous estime complètement la supériorité guerrière des Suisses. Il reconstitue une armée en moins de 3 mois et repart contre les Suisses afin de prendre une seconde branlée (pardon) plus sévère encore que la précédente puisque son armée est en quelque sorte, je dirais, taillée en pièce (Bataille de Morat, 22 juin 1476). Installé non loin de là à Lyon, Louis XI savoure une victoire qui ne lui a coûté aucun homme de sa propre armée (malin le mec). L’écroulement finale pour Charles le Téméraire est imminent. Malgré tout, le bonhomme reconstitue vaille que vaille une armée. Il ordonne la fonte de toutes les cloches du Duché pour se refaire une artillerie et dirige son armée sur la Lorraine où la résistance, menée par René II de Lorraine lui-même soutenu et financé par Louis XI, continue de faire rage. Le Téméraire remet le siège devant Nancy mais son armée est rapidement submergée pour une raison bien simple : la supériorité numérique des lorraino-suisses qui défendent la ville, supériorité numérique accentuée par la défection de ses mercenaires italiens fatigués des retards de paiement. Une fois de plus, c’est la débandade. « On verra les mecs s’envoler comme des pigeons! » déclare un témoin de l’époque présent sur les murs de Nancy. L’armée bourguignonne est prise en chasse et massacrée par les Suisses et par ses anciens mercenaires Italiens. Pour le panache, une ultime sortie de la garnison Nancéienne achève d’éparpiller à jamais la racaille bourguignonne. Mais? Mais? Mais où est donc passé le Téméraire dans ce carnage? Aurait-il à nouveau pris la poudre d’escampette? Il semblerait qu’il ait disparu. Que nenni. Deux jours après la bataille, le corps du « Grand Duc d’Occident » est retrouvé pris dans les glaces d’un étang. Son crâne semble avoir été fendu jusqu’au dent par un coup de hallebarde, son visage a été rongé par les loups. Triste fin pour un si « grand » homme. Sa dépouille repose encore aujourd’hui en l’église Notre-Dame de Bruges. Louis XI se goinfrera, par la suite, du duché afin d’agrandir considérablement et pour longtemps son beau royaume.

Lefoudroy tient à préciser qu’il n’a rien contre les bourguignons à condition que ceux-ci n’importunent plus leurs voisins à des fins impériales. Les bourguignons peuvent d’ailleurs être fier de leur fief dont les vins et spécialités culinaires contribuent largement au rayonnement de la gastronomie française.

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